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Un message d’Edgar Morin

 
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 NEOWIZE
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 PostPosted: 05/06/2007 22:11:16    Post subject: Un message d’Edgar Morin Reply with quote

A l’heure des élections présidentielles, un message d’Edgar Morin



Chères concitoyennes et chers concitoyens,


je dois d’abord rappeler que la France ne vit ni en vase clos ni dans un
monde immobile. Nous devons prendre conscience que nous vivons une
communauté de destin planétaire, face aux menaces globales qu’apportent la
prolifération des armes nucléaires, le déchaînement des conflits
ethnico-religieux, la dégradation de la biosphère, le cours ambivalent d’une
économie mondiale incontrôlée, la tyrannie de l’argent, l’union d’une
barbarie venue du fond des âges et de la barbarie glacée du calcul technique
et économique.
Le système planétaire est condamné à la mort ou à la transformation. Notre
époque de changement est devenue un changement d’époque.


Je ne vous promets pas le salut, mais j’indiquerai la longue et difficile
voie vers une Terre Patrie et une Société Monde, ce qui signifie d’abord la
réforme de l’ONU pour dépasser les souverainetés absolues des Etats-nations
tout en reconnaissant pleinement leur autorité pour les problèmes qui ne
sont pas de vie/mort pour la planète.


Je ferai tout mon possible pour donner à l’Europe consistance et volonté en
y instituant une autonomie politique et militaire. Je lui présenterai un
grand dessein : réformer sa propre civilisation en y intégrant l’apport
moral et spirituel d’autres civilisations ; contribuer à un nouveau type de
développement dans les nations africaines ; instituer une régulation des
prix pour les produits fabriqués à coût minime dans l’exploitation des
travailleurs asiatiques ; élaborer une politique commune d’insertion des
immigrés ; enfin et surtout en faire un foyer exemplaire de paix,
compréhension et tolérance ; dans ce sens, intervenir au Darfour, en
Tchétchénie, au Moyen-Orient et prévenir la guerre de civilisations.


En ce qui concerne la France. Je ne formulerai pas un programme, inopérant
dans les situations changeantes ; je définirai une stratégie qui tienne
compte des événements et des accidents. Pour l’immédiat je susciterai deux
rencontres entre partenaires sociaux, l’une sur l’emploi et les salaires,
l’autre sur les retraites.


Je constituerai deux comités permanents visant à réduire les ruptures
sociales :


1) un comité permanent de lutte contre les inégalités, qui s’attaquera en
premier lieu aux excès (de bénéfices et rémunérations au sommet) et aux
insuffisances (de niveau et qualité de vie à la base) ;


2) un comité permanent chargé de renverser le déséquilibre accru depuis 1990
dans la relation capital-travail.


Etant donné l’intégration vitale d’une politique écologique, je constituerai
un troisième comité permanent qui traitera des transformations sociales et
humaines qui s’imposent.


J’indiquerai la voie d’une politique de civilisation qui ressusciterait les
solidarités, ferait reculer l’égoïsme, et plus profondément reformerait la
société et nos vies. De fait, notre civilisation est en crise. Là où il est
arrivé, le bien-être matériel n’a pas nécessairement apporté le bien-être
mental, ce dont témoignent les consommations effrénées de drogues,
anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères. Le développement économique n’a
pas apporté le développement moral. L’application du calcul, de la
chronométrie, de l’hyperspécialisation, de la compartimentation au travail,
aux entreprises, aux administrations et finalement à nos vies a entraîné
trop souvent la dégradation des solidarités, la bureaucratisation
généralisée, la perte d’initiative, la peur de la responsabilité.


Aussi je réformerai les administrations publiques et inciterai à la réforme
des administrations privées. La réforme vise à débureaucratiser,
déscléroser, décompartimenter, et donner initiative et souplesse aux
fonctionnaires ou employés, à offrir bienveillance pour tous ceux qui
doivent affronter les bureaux. La réforme de l’Etat se ferait non par
augmentation ou suppression d’emplois, mais par modification de la logique
qui considère les humains comme objets soumis à quantification et non comme
êtres dotés d’autonomie, d’intelligence et d’affectivité.


Je proposerai de revitaliser la fraternité, sous-développée dans la trilogie
républicaine Liberté-Egalité-Fraternité. Tout d’abord, je susciterai la
création de Maisons de la Fraternité dans les diverses villes et dans les
quartiers des métropoles comme Paris.


Ces maisons regrouperaient toutes les institutions à caractère solidaire
existant déjà (Secours populaire, Secours catholique, SOS Amitié, etc.) et
comporteraient de nouveaux services voués à intervenir d’urgence auprès des
détresses, morales ou matérielles, à sauver du naufrage les victimes
d’overdose de drogue ou de chagrin. Ce seraient des lieux d’initiatives, de
médiations, de secours, d’information, de bénévolat et de mobilisation
permanente.


En même temps, il faudrait instituer un Service civique de la Fraternité
qui, présent dans les Maisons de la Fraternité, se vouerait de plus aux
désastres collectifs, inondations, canicules, sécheresses, etc., non
seulement en France mais aussi en Europe et Méditerranée. Ainsi la
fraternité serait profondément inscrite et vivante dans la société reformée
que nous voulons.


Dans notre conception de la fraternité, les délinquants juvéniles sont non
des individus abstraits à réprimer comme les adultes, mais des adolescents à
l’âge plastique où il faut favoriser les possibilités de rédemption. Nous
considérons les immigrés non comme des intrus à rejeter, mais comme des
frères issus de la pire misère, celle qui a été créée à la fois par notre
colonisation passée et par ce qu’a entraîné dans leurs pays l’introduction
de notre économie en détruisant les polycultures de subsistance et en
déportant les populations agraires dans le dénuement des bidonvilles urbains


Comme le cours actuel de notre civilisation privilégie la quantité, le
calcul, l’avoir, je m’emploierai à une vaste politique de la qualité de la
vie. Dans ce sens, je favoriserai tout ce qui combat les multiples
dégradations de l’atmosphère, de la nourriture, de l’eau, de la santé. Toute
économie d’énergie doit constituer un gain de santé et qualité de vie.
Ainsi, la désintoxication automobile des centres-villes se traduira par la
diminution des bronchites, asthmes et maladies psychosomatiques. La
désintoxication des nappes phréatiques réduira l’agriculture et l’élevage
industriels au profit d’une ruralité fermière, laquelle restaurera la
qualité des aliments et la santé du consommateur.


La réduction des intoxications de civilisation - dont l’intoxication
publicitaire, qui prétend offrir séduction et jouissance dans et par des
produits superflus -, du gaspillage des objets jetables, des modes
accélérées qui rendent obsolètes les produits en un an, tout cela doit nous
conduire à renverser la course au plus au profit d’une marche vers le mieux,
et s’inscrire dans une action continue en faveur de deux courants amorcés
qu’il faut développer : la réhumanisation des villes et la revitalisation
des campagnes. Cette dernière comporte la nécessité de réanimer les villages
par l’installation du télétravail, le retour de la boulangerie et du bistro.


En matière d’emploi, j’instituerai des aides à la création et au
développement de toute activité contribuant à la qualité de la vie. La
politique des grands travaux que je proposerai pour développer le
ferroutage, élargir et aménager les canaux et créer des ceintures de
parkings autour des villes et autour des centres-villes permettra à la fois
de créer des emplois et d’accroître la qualité de la vie. Les dépenses
qu’elle nécessitera seront compensées en quelques années par la diminution
des maladies socio-psycho-somatiques provoquées par stress, pollutions et
intoxications.


En matière d’économie, j’agirai pour une économie plurielle, qui est en
gestation sur la planète de façon dispersée, et dont les développements
permettraient de surmonter la dictature du marché mondial. En France
l’économie plurielle, qui comportera les grandes firmes mondialisées,
développera les petites et moyennes entreprises, les coopératives et
mutuelles de production et/ou consommation, les métiers de solidarité, le
commerce équitable, l’éthique économique, le microcrédit, l’épargne
solidaire qui finance des projets de proximité, créateurs d’emplois. Le
développement d’une alimentation de proximité qui ne dépend plus des grands
circuits intercontinentaux nous fournira des produits de qualité fermière et
de plus nous préparera à affronter les éventuelles crises planétaires.


En ce qui concerne l’éducation, la mission première a été formulée par Jean-
Jacques Rousseau dans l’ Emile : « Je veux lui apprendre à vivre. » Il
s’agit de fournir les moyens d’affronter les problèmes fondamentaux et
globaux qui sont ceux de chaque individu, de chaque société et de toute
l’humanité.


Ces problèmes sont désintégrés dans et par les disciplines compartimentées.
Ainsi, pour commencer, j’instituerai une année propédeutique pour toutes les
universités sur : les risques d’erreur et d’illusion dans la connaissance ;
les conditions d’une connaissance pertinente ; l’identité humaine ; l’ère
planétaire que nous vivons ; l’affrontement des incertitudes, la
compréhension d’autrui et enfin les problèmes de civilisation contemporaine.


L’élan pour la grande réforme surgira des profondeurs de notre pays quand il
percevra qu’elle prend en charge ses besoins et ses aspirations. Car,
sclérosé dans toutes ses structures, le pays est vivant à la base. Le
changement individuel et le changement social seront inséparables, chacun
seul étant insuffisant. La réforme de la politique, la réforme de la pensée,
la réforme de la société, la réforme de la vie se conjugueront pour conduire
à une métamorphose de société. Les futurs radieux sont morts, mais nous
ouvrirons une voie pour un futur possible.


Cette voie, nous pouvons nous y avancer en France, espérer la faire adopter
en Europe. Et, faisant de nouveau de la France un exemple, elle apportera
l’espérance d’un salut planétaire.


Edgar Morin


Docteur Honoris Causa de plus de 14 Universités :(Université de Pérouse
(sciences politiques), Université de Palerme (psychologie), Université de
Genève (Sociologie), Université Libre de Bruxelles, Université d’Odense au
Danemark, Université de Natal, Université de Porto Alegre et Université de
Joa Pessoa au Brésil, Université technologique de La Paz en Bolivie,
Université de Milan, Université de Messine.
Laus honoris causa de l’Institut Piaget au Portugal.
Colegiado de Honor du Conseil del’Enseignement Supérieur d’Andalousie
(Espagne).


QUI EST EDGAR MORIN ? http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Morin

http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article537
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 PostPosted: 05/06/2007 22:11:16    Post subject: Publicité

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